témoignage de corinne (France)

 J’avais 26 ans quand en novembre 2004 j’ai décidé d’arrêter de fumer. Je me sentais très bien dans mes baskets, j’avais une vie intellectuelle, sociale et professionnelle très riche, beaucoup d’amis, beaucoup de hobbies, un petit copain adorable, une famille formidable, mais j’avais cette vilaine habitude qui me contrariait beaucoup (j’en avais assez de l’odeur, de la dépendance, et je pensais que c’était le bon moment pour arrêter puisque tout allait bien dans ma vie).

J’ai donc arrêté de fumer à l’aide de patchs mais sans suivi médical. Après la première semaine, je n’ai pas rencontré de difficultés particulières, mais au printemps de 2005 j’ai ressenti le manque de façon plus pernicieuse (je dormais mal, me réveillais la nuit et rêvais de cigarettes, et j’étais assez nerveuse). J’ai consulté une généraliste qui m’a prescrit de l’Effexor, que je n’ai pris qu’une semaine car il me rendait extrêmement malade. On m’a finalement prescrit Seropram (un antidépresseur) pour me détendre et Lexomil pour m’aider à dormir.

Au départ je me plaignais uniquement de troubles de la mémoire et d’anorgasmie, je me rappelle avoir pour cette raison évoqué la possibilité d’interrompre mon traitement, ce à quoi mon médecin m’avait répondu : certaines personnes doivent prendre ces médicaments à vie.

Après quelques mois de traitement j’avais recommencé à fumer et surtout mon état psychologique s’était sévèrement dégradé (modification de ma personnalité, avec anxiété très forte, dépression, idées suicidaires, agressivité, obsessions, violence, hypomanie, insomnie sévère etc.). Cette aggravation de mon état était interprétée par mon médecin généraliste (et par moi-même) comme un besoin de traitement (et non pas comme un effet secondaire de ce même traitement),

Malheureusement chez moi la dépendance s’est installée très rapidement avec accoutumance, ce qui fait qu’après quelques mois j’avais besoin d’augmenter les doses pour obtenir un répit, et surtout que je souffrais le martyr toutes les fois que j’essayais de limiter ma consommation ou de l’arrêter.

En janvier 2006, désespérée de ne jamais venir à bout de cette dépendance, je suis allée consulter un psychanalyste – je pensais que j’avais une prédisposition PSYCHOLOGIQUE à la dépendance vu que je n’avais pas réussi à arrêter de fumer – et il m’a envoyée me faire traiter par une psychiatre qui a remplacé le Lexomil … par le Rivotril !!! A l’époque je n’avais aucune idée de ce qu’étaient les benzodiazépines et une confiance absolue en la compétence des médecins. Au fil des mois, les symptômes ont continuer à s’aggraver (dépression sévère, apparition de l’agoraphobie, anxiété redoublée, repli complet sur soi) mais à nouveau cette aggravation a été interprétée comme endogène (et pas liée aux benzodiazépines.

En février 2007, j’ai constaté que je commençais à augmenter les doses de Rivotril (sur une semaine, de 2-3 mg je suis passée à 4-5mg) pour pouvoir trouver le sommeil avant d’aller au travail (je ne dormais à l’époque plus que deux heures par nuit. Me rendant compte que je faisais la même chose qu’avec le Lexomil, j’ai eu une sorte d’illumination et je me suis dit : c’est peut-être le Rivotril qui m’empêche de dormir. J’étais en vacances (scolaires car je suis prof) et ma psy était d’accord pour que j’essaie de me sevrer ; j’ai donc arrêté le Rivotril sur 4 – 5 jours, pensant que l’arrêt me causerait quelques nuits blanches pendant deux semaines maxi.

Et là !! Catastrophe. En quelques jours … maux de tête extrêmement violents, tremblements, secousses de tout mon corps, sueurs, attaques de panique, impression que les immeubles me rentrent dans les yeux, tous les bruits m’agressent, agoraphobie extrême (incapable de sortir de mon appart, même sur le palier), spasmes très violents à l’estomac, nausées, vomissements, diarrhées, évanouissements, confusion extrême. Jointe par téléphone, ma psy dit que j’ai une gastro-entérite, le médecin de SOS médecins me fait une piqûre de Primperan, et je reprends le Rivotril à 0,5mg (car mes parents découvrent le manuel Ashton qui dit de diminuer tout doucement, mais je ne veux pas perdre le bénéfice de ces quelques jours de sevrage … je pensais encore que ça ne durerait que quelques jours /semaines).

A 0,5mg je suis retournée travailler ; j’ai tenu une semaine ou deux – j’étais totalement inapte, persuadée que les élèves se moquaient de moi, j’avais peur d’eux, je suais à grosses gouttes sur le bureau, j’avais l’impression que les murs le sol tout vacillait autour de moi, je ne me souvenais plus des prénoms de mes élèves, je corrigeais n’importe comment les copies, je pleurais à tout bout de champ, et j’ai fini par vomir en salle des profs devant tout le monde.

J’ai arrêté de travailler et commencé à diminuer lentement de 0,5 mg à 0,2 mg ; le calvaire a continué et a même empiré, toutes les fois que je diminuais le Rivotril un symptôme nouveau apparaissait, avec perte totale de mémoire longue et immédiate, perte de la faculté de lecture, d’écriture, de signature même de mon propre nom, je ne me reconnaissais pas dans le miroir, mes proches m’inspiraient une impression d’étrangeté folle, j’avais l’impression que mon corps n’était pas le mien, mes vêtements pas les miens, ma tête un ballon de foot, j’étais par ailleurs incapable de sortir seule, et très difficilement même accompagnée, et bientôt incapable de rester seule, je me cachais sous ma table, dans mon placard, si quelqu’un s’avisait de frapper à ma porte, la terreur, une paranoïa infernale, peur que les voisins m’entendent, et peur de les entendre aussi, les moindres bruits m’inspiraient une panique profonde, j’étais en sueur toute la nuit, je me mordais la langue tant mon sommeil était violent, mon coeur cognait dans tous les sens à tout instant, les mêmes symptômes en permanence, 24 heures sur 24, jusqu’à ce qu’en mai je voie ma première window (fenêtre de normalité où tous les symptômes disparaissent – ainsi nommée par le Professeur Ashton, GB) : j’étais redevenue moi-même, l’espace d’une demi-heure, la vieille Corinne, sans anxiété atroce, sans avoir le sentiment que tout allait s’effondrer dans la minute, capable de respirer normalement. Après des mois de souffrances continuelles, une deuxième window est venue me rassurer le 18 juillet, elle a duré 8 heures, et cette fois j’étais convaincue que c’était le médicament qui m’avait rendue malade comme ça (alors que la psychiatre disait que j’inventais ces symptômes, et le psychanalyste que je créais mes propres symptômes).

Arrivée à 0,20mg j’étais incapable de diminuer sans avoir des symptômes traumatisants, à mes hallucinations auditives (impression qu’on m’appelle, impression qu’on me chante quelque chose, impression qu’on me dit quelque chose, bruits familiers de l’enfance) se sont ajouté des hallucinations visuelles et surtout tactiles (chien qui me saute dessus, personne qui me touche, objets qui m’attaquent, etc.). C’était donc l’horreur que je prenne des benzos ou que je n’en prenne pas, donc le 4 septembre (après avoir été bloquée entre 0,11mg et 0,20 mg du 9 juin au 4 septembre) j’ai arrêté et j’ai vécu cinq semaines d’enfer plus grand encore (comme si c’était possible :-((((.

Puis vers le 5-10 octobre (??) je suis allée dans la rue un soir à 22 heures (la lumière rendait impossible toute sortie) et ça allait un peu mieux, j’ai réussi à faire le tour de pâté de maison, et les jours suivants j’ai réussi quelques exploits, faire mes courses seules, ou sortir au parc en bas de chez moi. Depuis cette période mes symptômes psychiatriques se sont atténués de façon très progressive, les uns après les autres (exceptés peut-être la dépression qui pointe trop souvent le bout de son nez), mes symptômes physiques atténués aussi en nombre mais pas en intensité, j’en ai hélas ai encore beaucoup et ‘ils sont très durs à supporter lorsque je me trouve au creux de la vague.

Aujourd’hui, après un an et un mois de sevrage total, et 20 mois après le début de mon sevrage, je ne peux pas : lire un livre ou un magazine en entier (je peux lire quelques articles mais parfois je ne comprends rien à ce que je lis néanmoins), conduire (car je suis dans un état de désorientation et de confusion mentale trop importants), gérer des affaires (payer mes impôts, appeler une administration), travailler, prévoir des choses, faire du sport, faire trop de marche.

Mais je peux (le plus souvent) : sortir dans la rue sans avoir peur, prendre un café à une terrasse, ne rien faire, manger normalement, dormir assez correctement.

Mes symptômes principaux aujourd’hui : maux de tête, douleurs au dos, aux hanches, aux bras et aux mains, raideur de tout mon corps, surtout le matin après le réveil, mal aux pieds, vibrations dans mon corps, sensations de piqûres et de bourdonnements, spasmes musculaires, faiblesse musculaire énorme, acouphènes, cerveau en coton, vertiges, étourdissements, asthénie, diarrhée (tous les jours) ; nausées, sueurs, attaques de panique, anxiété, tristesse profonde (par vagues) ; vomissements, petits retours d’agoraphobie (devenu très rare). En dépit de ces symptômes, j’ai l’impression d’être redevenue moi-même en effet, car je ne suis plus parano/agoraphobe/ anxieuse et plus trop ruminante… J’ai retrouvé (en partie seulement car je suis trop fatiguée et souvent déprimée) la Corinne que j’étais avant !

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2 commentaires pour témoignage de corinne (France)

  1. Léonora dit :

    Bravo et félicitation Corinne pour ta détermination et ton courage.
    En espérant qu’à ce jour ton état s’est nettement amélioré et qu’enfin après toutes ses souffrances si inutilement vécues, celles-ci sont enfin loin derrière toi, ( désolée du tutoiement s’il te choque ).
    Mais surtout merci pour ce témoignage car il y apparaît tout ton cheminement, ton parcours et cela écrit de manière très explicite et claire.
    En effet, tout ce par quoi tu es passé me parle et d’ailleurs j’en ai la larme à l’oeil car j’imagine parfaitement tes émotions, tes états d’alors puisque je les ai connu également.
    Je ne vais pas te raconter mon parcours car peut être as-tu dépassé tout cela et souhaites-tu tourner la page, ce message étant finalement plus un encouragement je crois ou peut être suis je trop pudique pour me raconter.
    En attendant sache que ce que tu as posté sur la toile ainsi que d’autres et nombreux témoignages m’ont permis de me disculper de me déculpabiliser qu’en aux évènements par lesquels je suis passée lorsque a cessé mon sevrage ou tout du moins quand enfin les symptômes ont été si supportables que j’ai pu reprendre un semblant de vie.
    J’ai longtemps pensé que toutes les souffrances traversées je me les étaient infligée stupidement car bien que parfaitement avisée avertie d’un « RISQUE » de syndrome de sevrage possible, j’ai sciemment cessée la prise de DEROXAT du jour au lendemain sans diminution, comme je le dit à la sauvage, inimaginable j’ai survécu.
    Mais étonnement en comparaison de celles et ceux pour qui le sevrage s’est fait de manière progressive ce qui revient est qu’il a été relativement long, alors que je pensais aller enfin mieux deux mois et demi après et 14kilos en moins, pour replonger dans une tristesse aussitôt après, me reposer quelque temps accompagnée d’une tristesse infinie mais pas d’autres symptômes. C’est au bout de six mois au total que tout semblait bien aller, enfin je l’ai cru jusqu’à t’avoir lu. Alors encore merci car tu m’a permise de réaliser que pouvaient véritablement perdurer certains état, voir apparaître. Dans mon cas j’ose enfin parler et je comprends que bien après tout cela j’ai eu des hallucinations auditives, je pensais entendre des conversations derrière les murs et à tout moment, la nuit une petite fille pleurait et d’ailleurs une nuit vers 3heures je l’ai cherché dans l’immeuble…
    Et le plus terrible est que je comprends également ce qui a poussé au suicide certains ( paix à leur âme) car ses voix obsédantes et persistantes trop souvent ce sont adressées à moi m’incitant au passage à l’acte. Ca a été moins une, et l’esprit critique la rationalité face à des voix malveillantes n’ont eu aucun effet.
    J’ai longuement prié, me suis fâchée les hiatus habituels « qu’ai je fait? pourquoi moi? pourquoi me laisses tu ainsi? E t si ce n’était ma foi non pas que j’ai eu une illumination mais seulement la peur des conséquences d’un suicide.
    Depuis progressivement cela va mieux juste un peu fofolle, et surtout beaucoup de colère car un nouveau médecin psychiatre a fortement insisté pour que je goûte à la joie des antidépresseurs, ce que bêtement j’ai consentie après tout elle sait bien mieux…
    J’ai vite cessé de la consulter ai continué la prise cette ci d’EFFEXOR, qui les tous premiers temps m’ont apaisé ou anesthésié mes émotions accompagné à ce traitement de beaucoup de sommeil, et comme très spontanément d’elle même a abordé le thème de la prise de poids me disant que ça n’était pas grave que de grossir. Bon passons.
    Depuis 1mois j’ai arrêté ce traitement n’en voyant pas spécialement l’efficacité et cela après deux ans de traitement.
    Cette fois ci progressivement mais rapidement en un mois de temps et non pas en six comme certains médecins le préconisent.
    De nouvelles voix sont apparues et oui elles sont de retour et totalement inoffensives. Voilà je ne sais pas de quoi est fait demain je sais seulement qu’aucun individu ne me reprendra à m’inciter la prise de ce genre de médicaments, en revanche la sophrologie, la relaxation, la pensée positive ainsi que mon amour pour Dieu depuis toute petite, ne peuvent en rien altérer modifier la chimie du cerveau.
    Si tu lie ce message encore une fois merci à toi Corinne.

    Léonora.

  2. lempereur dit :

    Bonsoir, je viens de lire vos témoignages et me suis retrouvée complètement dedans.
    J’ai vécue ces descentes aux enfers je pense maintenant être enfin arrivée au bout du sevrage.
    Voici ma méthode puisqu’aucuns médecins ne prenaient mon problème au sérieux.
    Je me suis aidée moi aussi de la méthode Ashton qui est rassurante et angoissante à la fois.
    Mais elle m’a aidé.
    J’ai donc procédé par dilution :
    Dans un verre je mettais 10 ml d’eau avec une seringue et y mettais 1 goutte de rivotril je tirais 0.9 ml et les mettais dans un autre verre et y ajoutait les autres gouttes nécessaire à ma « dose ».
    J’ai continué ainsi en diminuant toutes les 2 semaines.
    J’en suis arrivée maintenant à 0.9 et j’ai bon espoir puisque toutes « mes » décompensations ont disparues. Je continue toujours mes diminutions toutes les 2 semaines, je préfère aller doucement mais être sûre du résultat je ne suis plus pressée maintenant.
    L’addicctologue que je rencontre voulait (sans m’obliger) que je prenne du valium pour compenser, j’ai toujours refusé car je ne souhaitait pas remplacer une benzo par une autre.
    Voilà aujourd’hui j’ai repris goût à la vie, je vis et j’en veux encore et encore après tout ce temps enfermée dans mon corps.
    Je voulais partager mon expérience car moi aussi j’ai connu l’enfer, j’espère que vous pourrez me lire bien que vos commentaires datent de 2011.
    Ps : le rhumatologue m’avait prescrit 5 gouttes le soir et je suis montée seule progressivement à 21 gouttes sans m’en rendre vraiment compte.
    Cordialement,

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